Ici ou ailleurs : cette rubrique vous est réservée ! Elle vous permettra de partir à l'aventure, hors des sentiers battus donc, à travers les récits de coureurs de la région qui sont en quête d'horizons nouveaux. Ce sera donc l'occasion de faire vos valises et de découvrir des contrées lointaines... et pourquoi pas de vous laisser tenter à votre tour. En tout cas n'hésitez pas à nous faire part de vos témoignages avec quelques photos à l'appui. Embarquez avec nous dans la rubrique "évasion!". Comme une invitation au voyage.
05/01/2012 : Nouvel an en Tunisie
Lorsque l’on m’a proposé pour la seconde fois de revenir fêter le nouvel an dans le désert Tunisien, j’avoue qu’une petite pensée anxieuse m’a traversé l’esprit. Après tout ce qui s’est passé dans cette partie du monde depuis le mois de janvier et les dernières élections libres, les premières, qui ont porté le parti islamiste au pouvoir, pouvait-on se rendre sans crainte dans cette partie du monde ? Quand on est occidental, il faut avouer que cela inquiète. Mais, j’avais toute confiance en Azdine Ben Yacoub, ce Franco-Tunisien, installé en France depuis le début de son adolescence, qui a épousé les valeurs de la France, tout en gardant un amour immodéré pour son pays d’origine. Si vous vous baladez du coté de Vincennes, non loin de l’Insep, n’oubliez pas d’aller faire un tour dans son restaurant pour y manger un couscous ! Après un marathon des Oasis qui a vu chuter le nombre de participants, faute aux évènements, on pouvait craindre un peu la même chose pour ce second Week End Trail. Il n’en fut rien, et finalement, à peu de choses près, il y eut presque autant de participants que l’an passé. Tout commence à l’aéroport d’Orly, où nous nous retrouvons tous progressivement au point de rendez-vous donné par Monique, indissociable d’Azdine, et véritable cheville ouvrière. Autant Azdine est un communiquant hors pair, avec le mobile greffé à l’oreille, il connaît tout le monde, il sait se dépatouiller d’à peu près n’importe quelle situation difficile, autant Monique est discrète, mais hyper efficace dans toute la logistique qu’elle doit mettre en œuvre. Des visages connus apparaissent, Carole et Olivier, Christian et Isabelle qui étaient là l’an passé, Chocho, un autre couple de Toulouse que j’ai croisé au WET Pyrénées en juin, également Colin, cet enseignant chercheur anglais m’a reconnue, il était quasiment mon voisin de tente à Ségus, et il faut dire que je ne suis pas passée inaperçue, surtout après ma prestation chorégraphique d’Aïcha, au beau milieu du champ où tout le monde faisait la sieste….la faute à la sono et à ma kermesse de la veille ! De nouveaux visages apparaissent, Stéphan, compagnon de club de Dominique Chauvelier, Sabine, un personnage qui marque, et cette petite Fiona Porte, nouveau porte drapeau d’adidas, et qui a quasiment l’âge de mon fils, j’en prends un coup ! Et puis, je fais aussi la connaissance de Karim Mosta, en vrai (virtuellement, je suis son ami sur Facebook depuis un moment). Nous arrivons jeudi en début d’après-midi à l’aéroport de Djerba, Azdine nous accueille avec une grosse boîte de dattes chacun, et nous voilà embarqués pour 4 heures de pistes dans des 4x4, direction l’Oasis de Gsar Ghilane. Je serais dans la voiture 6, celle qui ferme le convoi, avec Stéphane, Fiona, Karim, Catherine, Sabine et mon homologue Midi-Pyrénées de Runningmag, Brice de Singo, c’est la deuxième fois que nous nous retrouvons en reportage sur une course. Cette fois, il est le correspondant d’Ultrafondus, un magazine dont je ne rate jamais la sortie. Une petite famille se forme, et nous voilà partis pour 4h de discussions en tout sens, course à pied un peu, mais pas seulement, on parle aussi de nos vies, de nos situations, on rigole, beaucoup, Karim nous raconte ses aventures, elles sont infinies. Dans la voiture, la catégorie V2 domine, il y a un peu de V1, et une toute petite espoir dont chacun revendique un peu de paternité, ou plutôt de maternité, Sabine fera une OPA, en décidant d’être sa maman d’adoption pour la durée du séjour ! Les 4h de 4x4 prennent parfois des allures de Dakar, on s’accroche comme on peut. Tout à coup, dans les lacets d’un col, Azdine fait ranger tous les 4x4 sur le coté, et voilà qu’il nous improvise un goûter sur le capot d’une des voitures : mandarines, dattes, Thé à la menthe et aux amandes, baklava, cornes de gazelles, rien que ça. Puis un tintamarre de klaxons avec une sono à fond arrive à notre hauteur, un arabe avec quatre femmes dans la voiture, ils chantent, ils s’amusent, on lève les bras, on chante avec eux, un peu plus loin ils font demi-tour et le chauffeur sort de la voiture. Il y a des CD partout sur le tableau de bord. La musique est « techno-arabe », ça commence à danser sur la route. Azdine discute un peu avec eux, et nous apprenons qu’ils sont Libyens, et tellement heureux d’être là, libres, en Tunisie, un pays qui leur a ouvert les portes. Nous reprenons nos 4x4, et c’est à la nuit bien tombée que nous arrivons dans notre Oasis. Un petit apéritif nous attend, après quelques explications, nous allons nous installer dans nos tentes berbères. Nous sommes six filles, il n’y a pas de chauffage, bien sûr, mais deux grosses couvertures par lit. Le sac de couchage s’avèrera indispensable, et ceux qui auront un sac ultrabasses températures seront bien contents. Le lendemain, après le petit déjeuner, je pars avec Arlette à la découverte de l’Oasis, les paysages sont enchanteurs, les dunes se perdent à l’Horizon, je me dis qu’il ne ferait pas bon s’aventurer seule dans cette grande étendue de sable. Nous retrouvons le groupe pour un petit footing de 45’ dans le désert, prémices à notre première course du lendemain. La récup se fera dans une piscine d’eau chaude naturelle, dont personne ne voudra sortir, tellement ça tenait chaud au corps. L’après-midi sera libre, chacun fera ce qui lui plait, mais nous serons tout de même nombreux à essayer la promenade en dromadaire dans le désert. Après un bon repas et une nuit encore très fraîche, les hostilités peuvent enfin commencer.
Le départ pour le prologue est donné avec des coureurs Tunisiens et Marocains, venus se joindre à nous. Azdine et Jérôme nous annoncent 18 km de sable, avec un fort comme Azimut à la sortie de l’Oasis. Nous devons juste nous contenter de suivre les flèches à la chaux, et on nous assure que nous ne pouvons nous perdre car dans tous les cas, nous avons toujours l’Oasis à portée de vue. C’est parti à fond, et en ce qui me concerne, ça va toujours trop vite, alors je me mets à l’arrière et remonte tranquillement, pour me retrouver rapidement avec mon compagnon de route de l’an passé, Olivier. Nous faisons route ensemble, le sable rentre dans les chaussures, les guêtres ne couvrent pas tout, mais ce n’est pas très grave, à chaque descente, il en ressort autant, l’avantage des chaussures aérées. Je suis à la peine, ce n’est vraiment pas un terrain pour moi. Je boucle le circuit en 1h47, à 25’ de Fiona, et 18’ de la seconde, je me retrouve troisième toute surprise. Je garde un souvenir émerveillé de ce prologue, certes, c’était dur, mais quelle beauté, nous n’avons fait que 14,5 kms, mais cela m’a suffit. Une douche et un bon massage à l’huile d’Arnica, prodigué par Stéphane et Fiona, me suffisent à me requinquer pour envisager une nocturne à tout faire pêter. Fiona se fera aussi masser par Stéphane et moi-même. C’est très important le massage dans ce type de course à étape, plus bien sûr, les étirements. Après le déjeuner, nous reprenons les 4x4, direction le village troglodyte de Douriet. Nous nous installons dans nos chambres respectives, on visite celles des copains, et c’est reparti pour de grandes discussions sur nos vies respectives, ça fait du bien de parler, n’est-ce pas. A 18h, nous sommes convoqués pour un petit briefing et surtout un goûter gargantuesque avant la nocturne. Pâtisseries arabes, mandarines, thé, dattes, encore tout un programme ! Vers 20h, le départ de la nocturne est donné, et c’est parti pour à peu près 9 kms. Mon objectif est de me refaire un peu la cerise et de grignoter des minutes à Géraldine, qui a 18’ d’avance sur moi. Je la passe rapidement dans les premiers hectos, mais à l’attaque de la grosse montée, elle me repassera. Sur le plateau, je l’aurais toujours en ligne de mirre, je suis toujours avec Olivier, nous raccrochons, Karim est avec elle, puis arrive une partie technique en descente où je m’envole, au final, je lui reprendrais une minute trente. Maintenant, mon espoir est de bien récupérer, de compter sur les parties techniques le lendemain pour faire la différence et sur une défaillance de forme la concernant, après tout, j’ai une grande habitude des longues distances. C’est reparti pour un bon massage et puis après, place à la fête et au réveillon ! Nous n’aurons pas goûté au fois gras, ni aux huîtres, encore moins au saumon fumé, et autres délires culinaires de nouvel an, un bon couscous et des briques nous auront bien suffit, tout cela accompagné de champagne et de vin tout de même.
Arrive la Spéciale ! Bien avant la course, je sens que les piles ne sont pas bien pleines, et je me demande bien comment je vais passer tout ça. Le départ est donné, je pars à l’arrière et remonte tranquillement le peloton pour retrouver ma place, mais il me faudra de nombreux kms pour raccrocher Olivier. Géraldine est déjà loin, très loin, je ne l’ai pas vue de toute la course, j’espère qu’elle ne me mettra pas encore un quart d’heure tout de même. Après les sept dormants, nous attaquons une descente goudronnée jusqu’au village de Chenini, avant d’entamer la seconde grosse montée de la course. C’est à ce moment là que je retrouve Olivier, nous montons en marchant, et en arrivant au sommet, je jette un coup d’œil à l’arrière et je découvre la 4èF juste à quelques dizaines de mètres. On a 7’ d’écart au classement général, je me dis qu’il ne faut pas traîner et qu’il me faut au moins garder cette 3è place. Alors, je cours, je cours, je cours, Olivier suite comme il peut, mais cela fait un moment que nous souffrons car il n’y a que de l’eau aux ravitos, pas une seule datte, pas un seul sucre, pas une seule mandarine, alors que lors du prologue, il y en avait à profusion, et l’an passé aussi. A chaque fois, on met tous nos espoirs sur le prochain ravito, mais en vain, c’est toujours de l’eau qu’on nous sert. Et cette fois, ni lui ni moi n’avons de gels sur nous. J’ai tellement l’habitude de les transporter pour rien, que cette fois, je suis venue en Tunisie sans ma poudre de perlimpinpin, et sans mes gels, sûre de mon coup ! Comme quoi ! Et Olivier, les a laissés dans ses sacs, sûr aussi que nous serons si bien ravitaillés. Nous avons fait preuve d’une confiance absolue dans l’organisation d’Azdine, ça fait trois jours qu’il nous gâte de pâtisseries et gourmandises….Comme quoi, et comme on le conseille toujours, avoir sa couverture de survie, son tel portable avec le N° de l’organisation et de quoi manger, sont le matériel obligatoire pour chaque trail ! Ben, là, sur le coup, moi je n’avais que poche à eau, appareil photo et caméscope ! Nous voilà en visuel du village d’arrivée, voilà que nous montons à l’opposé dans l’ancien village perché sur une montagne, nous passons de l’autre coté. L’inquiétude augmente, nous pensions allégrement nous en sortir avec 23 kms sur les 26 annoncés, il faut se résoudre à l’évidence, il y en aura 26. Encore un ravito, et toujours que de l’eau. Je croise une participante qui remonte la course à la rencontre de sa coéquipière, elle m’annonce un petit 3 kms jusqu’à l’arrivée, je regarde mon GPS, ça ferait donc 26. Un peu plus loin deux bénévoles m’annoncent 1,5 km, ça colle avec les infos précédentes. Et puis je vois que je me rapproche de deux coureurs, je reconnais Brice et Géraldine, ils sont à la ramasse et marchent, je me dis que nous pourrons peut-être finir ensemble. Olivier a lâché l’affaire depuis la descente de l’ancien village, il est cuit. Je me retourne et aperçois ma poursuivante, Cécile, qui est revenue, impressionnante de régularité, je remets les gaz comme je peux, je veux passer la ligne en 3è position. Géraldine qui m’a aperçue, veut également garder sa place dans cette spéciale et s’est remise à courir comme elle le pouvait. Chocho est là pour nous encourager dans les derniers 800 mètres. Je franchirais la ligne avec 27 kms, et complètement cuite. Tous râleront pour ces quatre derniers kms interminables, inutiles selon certains, mais n’est-ce pas toujours comme ça dans les fins de course ? Cette longue montée interminable vers le Roc Nantais, les huit derniers kms de l’Utmb, la dernière descente du col de Portet au GRP, la dernière traversée en balcon aux Citadelles, les deux derniers kms d’Espelette, les sept derniers d’un marathon, ils ne sont pas inutiles ceux-là ? Je m’effondre sur le ravito gargantuesque de l’arrivée, avant de fondre un peu plus tard sur l’énorme couscous qui nous attendait. Il fait beau, nous mangeons sur une place improvisée en terrasse de café, les matériels vestimentaires et scolaires préparés par l’association Carthago, sont distribués aux enfants du village, ravis, et un peu plus tard, nous repartons pour quelques heures de 4x4, direction Djerba et un magnifique hôtel qui nous attend. Les discussions repartent bon train dans la voiture, même si nous sommes un peu cramés. Après une belle cérémonie de remise des récompenses, repas et petite soirée dansante pour prolonger encore ces moments d’intimité presque familiale. Coté résultats, Chocho après avoir été inquiété par Stéphan Vernay qui avait pris la tête du classement à l’issue de la Nocturne, remporte l’épreuve au classement final et signe une seconde victoire en 3h59’36, devant Stephan (4h07’45) et Atef Baggas, le Tunisien de Mellita. Chez les filles, victoire et 4è place au scratch pour Fiona Porte en 4h21’10, devant Géraldine Cadart, 5h29’25, et Nathalie Wurry, 5h45’12, pour un total de 45 km et 800m de D+. Le retour au travail et à la vie ordinaire sera assez dur, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Alors en route pour un troisième WET à Tataouine, mais auparavant, il y en aura d’autres à faire en France. Un grand Bravo à toute l’organisation, Azdine, Monique, Jérôme, Olivier, Alain, ainsi que tous les bénévoles locaux. Tout s’est passé pour le mieux, aucune erreur de balisage à déplorer, et pour ce qui est de la mise en place de cette nouvelle démocratie, nous n’avons pas pu vraiment avoir de réponse claire. Mais existe-t-il des réponses claires dans ces pays ? Il faudra encore attendre quelques mois pour constater vraiment des évolutions. Mais nous avons tout de même pu constater un changement dans les interviews effectués par la télé : plus de briefing avant l’interview pour nous dire ce qu’il faut dire devant la caméra.
Retrouvez ici deux superbes témoignages de coureurs Toulousains ou de la banlieue toulousaine (Jacky Gasteceau et Christophe Lemort) suite à leur périple sur les 100km de Millau. Le dernier en date ! Cela vaut le coup d'oeil. Cliquez ICI et puis ICI !
Vincent Rivoire, héros de la Transmartinique 2011
La douceur de vivre et la nonchalance qui règnent sur la Martinique cachent une épreuve au caractère sacrément trempé. Un vrai bonheur pour ceux qui souhaitent découvrir le cœur sauvage de l’ile, une surprise de taille pour ceux qui n’en connaissent que les plages de sable et les cocotiers …Pour tous, cet ultra de 133km et 5300m D+ fut un singulier cocktail : 30% de jungle dense, 30% de bananeraies et champs de canne à sucre, 30% de littoral et de plages de sable. Sans oublier une note volcanique avec l’ascension de la montagne pelée. Un cocktail suave et épicé à la fois. Mais le secret du barman, c’est l’excellente organisation offerte par l’équipe Manikou. Des passionnés de course nature, eux aussi, proches des coureurs et qui ont compris qu’une organisation sérieuse et dévouée était un gage pour donner à cet ultra la dimension qu’il mérite.Pour moi, l’aventure avait commencé par l’envie de refaire un bel ultra pour mes 50 ans. Après trois années d’une pause (relative !) sur des distances plus modérées où des courses à étape comme la Transtica en 2010, le démon du non-stop est revenu me chatouiller les mollets …C’est donc cinq jours avant la course que je débarque à la Martinique, histoire de m’acclimater à la chaleur humide qui règne à l’intersaison tropicale.
Entre les ballades à la découverte de l’ile et de ses habitants, j’en profite pour faire deux petites reconnaissances du parcours. A J-4, nous allons avec Rémy Jégard sur la côte vers Cap Chevalier, alternance de petites criques de sable, de forêt littorale boueuse, d’escarpements rocheux et de landes, nous y croisons Régis et Christine Coumenges, le monde des Ultra-trailers est petit ...A J-3, c’est avec Antoine Guillon que nous repartons trottiner au Vauclin, petite sommité volcanique qui sera notre dernière vraie montée durant la course au km80. J’ai eu grand plaisir à retrouver Antoine fortuitement la veille en faisant quelques emplettes, il fut une époque où nous nous croisions sur les podiums de trails courte distance. Antoine est devenu depuis un immense champion d’Ultra, membre de l’équipe Lafuma. Il est un des grands favoris de la transmartinique, mais a gardé cette simplicité et cette modestie qui font l’apanage des vrais champions.A J-2, je loue un kayak pour explorer durant 2 heures la mangrove vers Trois -Ilets, entrelacs fascinant de palétuviers. Le loueur, un martiniquais passionné, m’a tout expliqué sur cet écosystème. Grâce au silencieux glissement du kayak, je peux aussi m’approcher d’immenses nichées d’oiseaux migrateurs qui peuplent les arbres. Puis c’est le briefing de la course dans la ville du Lamentin. Toute l’équipe organisatrice est là pour nous accueillir et nous projette sur grand écran des explications très détaillées sur le parcours et les règles de course, en insistant en particulier sur la charte du respect de la nature. Antoine et Christophe Le Saux (team Hoka Altecsport) sont appelés sur l’estrade, salués comme les deux grand favoris de la course, mais également en tant qu’eux même organisateurs de trails.Je consacre J-1 à préparer mes affaires de course, je me sens désormais pleinement dans l’ambiance et retrouve cette concentration dans la préparation : combien prendre de gels, de barres, de paires de chaussettes, de piles de rechange ? Un bon bain de mer me permet de me détendre avant de prendre le bus en fin d’après-midi pour Grand-Rivière, tout au nord de l’ile. L’organisation a eu la bonne idée de nous ouvrir la salle des fêtespour une nuit sur place avant le départ prévu à 6h du matin. Notre chauffeur de bus est un vrai Fangio, tous les coureurs sont impressionnés de le voir couper les ronds points ou dévaler des petites routes sineuses du nord de l’ile à grands coups de klaxonx multitons et d’appels de phares.Jour J, les 200 coureurs inscrits sur cette distance se rassemblent sous l’arche de départ. Des coureurs venus de 7 nations, dont 27 femmes, qui ont opté pour les 133km et la traversée complète du nord au sud de l’ile. En tout, avec les deux autres distances proposées (58km ou 33km) ce sont plus de 600 coureurs qui vont arpenter l’ile ce week-end de décembre 2011. Et c’est parti, au 6è coup de la cloche de l’église, alors que pointe juste le jour.Nous commençons par l’ascension de la montagne Pelée, impressionnante sur ses dernières longueurs, nous longeons des à-pics dans le brouillard. J’y passe en 7è position, nous redescendons pour plonger par la suite dans une longue traversée de forêt tropicale, une végétation luxuriante où il faut être très vigilant sur ses appuis pour ne pas trébucher sur les racines enchevêtrées. Il faut s’accrocher aux arbres avoisinants dans les descentes les plus raides, et je me félicite d’avoir pris des gants de vélo. Nous traversons aussi plusieurs torrents. J’arrive au gros point de ravitaillement de St Joseph au km45 en 6è position, après avoir fait des petits bouts de route avec Christophe Le Luherne (6 fois champion de France et vice champion du monde de triathlon en distance olympique). Je prends le temps de me changer partiellement, de recharger mon ravitaillement et de me soumettre au contrôle médical obligatoire.
Sur le deuxième tiers de course, nous traversons d’immenses bananeraies mais aussi des champs de canne à sucre dont certaines sections sont d’interminables ornières de boue dans lesquelles nous laissons beaucoup d’énergie. Les remontées dans les hauteurs permettent d’admirer les magnifiques paysages où la vue porte jusqu’à la côte. Des encouragements chaleureux fusent parfois des maisons.C’est sur un poste de ravitaillement au km75 que je rattrape Michaël Pasero (team New Balance), victime de nausées il doit faire une pause. Nous décidons de repartir ensemble alors que la nuit tombe, voilà déjà 12h que nous sommes en course. J’apprécie de courir à deux, Michaël est un excellent coureur et nous avançons bien à la lueur de nos frontales. Nous traversons le domaine de la superbe habitation Clément, qui produit un des rhums les plus prisés de l’ile. Arrivés au pied du Vauclin, Michaël hélas décroche et c’est seul que je franchi ce petit mais très raide somment et sa descente patinette où je m’accroche aux mains courantes. Je profite malgré la fatigue, de cette ambiance nocturne magique, c’est la pleine lune. J’aime courir la nuit, c’est à chaque fois un monde différent. Dans le désert de l’Akakus durant le Libyan challenge, c’était le silence absolu. Ici, c’est à l’opposé un concert permanent, cette sorte de chant des cigales qui peuple toutes les nuits tropicales.J’arrive au grand ravitaillement de la ville du Vauclin en 5è position et je prends encore une fois le temps pour me doucher et me changer complètement (la sueur ne sèche pas et crée beaucoup d’irritations).Le parcours rejoint progressivement le bord de mer en passant par les éoliennes de Macabou, j’entends au loin le ressac. Je mets enfin le pied sur la 1ère plage de sable. Un nouvel ingrédient du cocktail transmartinique : courir seul sous la pleine lune sur une plage déserte entre ressac et cocotiers, il faut venir ici rien que pour cela ! Des myriades de petits crabes blancs filent sous mes pas et je mesure le privilège de vivre ça malgré la grande fatigue qui me fait ralentir l’allure.Au km112, surprise : je rattrape Cyril Cointre (team Raidlight) à un ravitaillement. Je lui propose de repartir avec moi mais il préfère se reposer encore et je repars donc en 4è position.Il y a encore de longs passages boueux dans la forêt côtière mais aussi des ambiances extraordinaires comme la savane des désolations où une partie de la traversée de la lagune se fait sur des pontons de bois. J’arrive encore à m’alimenter et à boire correctement, ce qui est rare pour moi après 20h de course. Vers le km 128, un signaleur me confirme que je suis 4è … et qu’il y a une féminine devant moi ! Je n’en reviens pas, mais je comprendrai à l’arrivée qu’il s’agissait en fait de Christophe Le Saux, qui avec sa grande chevelure blonde sur les épaules a trompé la vigilance du signaleur en pleine nuit !Enfin, les lumières de Ste Anne, la traversée du village – ça monte encore ! – et l’arrivée à la pointe du Marin. Il est 3h37 du matin, j’ai couru 21h37 et termine aux anges en 4è position (et 1er V2). Jeanne la podo de Toulouse me soigne les pieds qui ont bien soufferts, en permanence trempés et les chaussures remplies de boue. Qu’il est bon de pouvoir enfin s’allonger. Le soir, les 5 premiers sont appelés sur le podium. Antoine semble frais comme un gardon, il a gagné en 18h … et n’a qu’une seule ampoule aux pieds ! On dénote 50% d’abandons sur les 200 coureurs partants, ce qui montre la rudesse du parcours.Si vous aimez les cocktails exotiques, allez courir la transmartinique, c’est une course unique dans sa composition, c’est une course appelée à grandir.
Vincent Rivoire
Trail de Rodrigues : l'entrée du paradis...
Il y a des courses comme cela qui vous marquent à jamais. Le Trail de Rodrigues en fait forcément partie. Ce petit pays est envoûtant, captivant, relaxant... très nature aussi. Et ce sont autant de qualités qui attirent avant toute chose les traileurs de tous bords... Laissez-vous tenter par cette nouvelle aventure. Sans doute la dernière au vrai goût d'authentique...Mon histoire démarre il y a quelques années de cela déjà. Six ans pour être précis. J'étais allé en vacances une semaine à Rodrigues. Sans doute parce que j'avais habité plusieurs années du côté de la Réunion et comme c'est juste à côté, je m'étais toujours promis d'y faire un petit saut. Au moins une fois. Et bien m'en a pris puisque je fus à l'époque subjugué par ce petit joyau de l'océan indien. Imaginez tout de même une île de 18km de long sur 6km de large, peuplée de 38000 âmes seulement. Cela peut laisser perplexe. On se demande d'emblée comment on ne va pas s'y ennuyer... Qu'est-ce que l'on va pouvoir faire après avoir fait une ou deux fois le tour de l'île? Et bien de l'avion déjà, les doutes s'envolent avec la première image qui nous saute aux yeux. L'île est faite de monts et vallées toutes plus encaissées les unes que les autres. Un enchevêtrement d'anses et de ravines, une mutitudes de petites plages et de monts aux noms évocateurs... patates, citron, cabris, cocos... Sans aucun doute possible, il faudra pas mal de temps pour tout découvrir. Mais ce qui m'aura le plus marqué durant cette première semaine d'approche, c'est la gentillesse et la simplicité des habitants. Dès que vous sortez de l'avion, les sourires et politesses sont les rois. Il faut laisser son stress et ses tracas à bord, à Rodrigues on peut dire que le temps coule plus lentement qu'ailleurs. Pas de violence, pas de délinquance, pas de délits, que des hommes respectueux et qui prennent le temps de vivre. Sans doute un des endroits les plus calmes et reposants qui soient au monde... Bref quand l'an passé, j'ai entendu parler qu'un trail avait eu lieu, j'ai tout de suite prêté l'oreille. J'ai eu un peu de mal à m'imaginer un parcours de 35 km sur ce petit bout de paradis, j'ai eu encore plus de mal à envisager des Rodriguais se dépêchant pour rejoindre une ligne d'arrivée. Et pourtant la réalité devait bien vite me rattraper. La première édition du Trail de Rodrigues avait réuni près de deux cents coureurs, entre un 5, un 10 et un 35km, la deuxième édition allait être un énorme succès avec plus de 500 participants. Les coureurs seront venus de partout dans le monde, Réunion et Maurice en tête, bien sûr, mais aussi France, Inde, Allemagne... Tout le travail entrepris par l'Office du Tourisme de l'île depuis quelques années commence vraiment à payer. A Rodrigues, aussi bizarre que cela puisse paraître, on a la fibre athlétisme et un comité a même été crée. C'est le sport phare au même titre que le football. Et les locaux, en quelques années de pratique seulement, ont fait mieux que de s'adapter au trail. Ils sont devenus bons et jouent la gagne... On le verra plus tard. Aussi me voilà avec mon short, mon tee-shirt et mon porte bidon au départ de cette deuxième édition. Malheureusement pour moi je ne pourrai arriver sur place que la veille de la course. Le voyage est assez long, ne s'y trompons pas ! Rodrigues ne se donne pas aussi facilement aux étrangers. Il faut soit passer par la Réunion, soit par l'ïle Maurice et donc compter au bas mot dans les 15 ou 16h pour y arriver... A l'hôtel Cotton Bay, sur la Pointe Coton, une petite averse va nous rafraîchir pour le départ. Tous les coureurs sont avachis sur les transats qui entourent la piscine de l'hôtel. Le départ est donné à 6h45. Le petit déjeûner a déjà été servi. C'est le branle bas de combat. Les organisateurs sont un peu fébriles. Eric Lacroix et Orell, responsable de l'association du tourisme réunie, donnent les dernières recommandatations. Les premiers kilomètres se font sur la plage. Mais pas vraiment dans le sable. Juste cent mètres. Ensuite on borde les criques, toutes plus merveilleuses les unes que les autres, mais en passant par des petits sentiers qui montent et descendent tout autour. La difficulté est déjà là ! On nous avait bien prévenu. Il y aura cette année 37 km au programme avec 1700m de D+. Des incessantes relances vont se succéder durant toute la course. Epuisantes au final... Mais d'emblée, je me rends compte que le souffle est court. J'ai beau me sentir bien au niveau musculaire, le souffle est court. Il ne fait pas vraiment très chaud, heureusement d'ailleurs, mais l'humidité est là. Et comme je n'ai pas eu le temps de m'adapter au climat local, je comprends tout de suite que cela va être dur aujourd'hui. Je croise un peu plus loin, ni plus ni moins que JUlien Chorien, mon pote qui vient de gagner le GRand Raid de la Réunion. Il est invité d'honneur sur l'épreuve. Mais bon, dans l'avion qui nous a emmené ici, il m'a bien précisé qu'il était hors forme, qu'il avait coupé après sa victoire, deuxième du nom, à la Réunion et qu'il avait décompressé après... Bref pas de miracle pour lui non plus, il subit un vrai coup de chaud après avoir gardé la foulée des premiers durant cinq ou six kilomètres. Devant ça carracole à un bon rythme. Le Trail de Rodrigues qui fait aussi partie d'un challenge de l'Océan INdien, avec une manche à la Réunion et une autre à Maurice, a réussi à attirer du coup pas mal de pointures des îles alentour. IL y a par exemple le vainqueur du dernier trail de Bourbon (le semi raid de la réunion), Guillaume Bernardin, mais aussi le champion mauricien Vishal Ittoo et le tenant du titre, le local, Martial Germane... Après un premier ravitaillement fait de coca, sucre et sel, on attaque les choses sérieuses. La montée de Bois Noir qui va nous emmener chez Jeanette, célèbre table d'hôte de l'île. La montée est sans doute la plus dure du trail. Elle se fait dans une végétation luxuriante, proche de la mini-jungle, bordant une canalisation, elle débouche sur un petit plateau herbeux où le deuxième ravito nous ceuille hors d'haleine. Jeanette, le coeur sur la main, a fait les choses en grand. Elle a installé devant sa case plusieurs tables avec quelques filles qui vont s'occuper aux mieux des 150 coureurs. J'apprendrais plus tard qu'à l'arrière de la maison, d'autres mets succulents, genre gâteaux patates ou gâteaux maïs et jus de papaye maison, attendaient les journalistes et autres suiveurs. La fête durera toute la journée. Le Trail de Rodrigues est tout de même la troisième manifestation populaire de l'île, après le Festival de musiques créoles et la fête de la pêche. C'est tout dire... D'ailleurs quand on passe dans les petites bourgades du circuit, même très rapidement et sans s'attarder, les villageois nous acceuillent chaleureusement. Ils nous encouragent simplement et avec nonchalance. Quelques enfants nous précèdent suivent d'ailleurs, comme pour nous monter le chemin. Semblant voler au-dessus des difficultés. Après chez Jeanette, au 16ème kilo donc, il faut remonter une petite route bitumée, pour se retrouver à couper à travers les champs et les plantations des hauts. Il fait bon, il fait frais même... et quelques gouttes de pluie nous surprennent aussi. Rien de grave. Mais je me rends compte maintenant que j'ai fait un mauvais choix de chaussure. Moi qui avait gardé à l'esprit un paysage sec et aride, je m'étais convaincu inconsciemment que des chaussures routes seraient largement suffisantes. Que neni ! Le sentier proposé est un vrai sentier de traileur, technique à souhaits par endroits, il n'a rien à envier aux réputés chemins et traces de La Réunion. Tant pis pour moi, ce n'est donc pas mon jour. Je vais glisser souvent sur des rochers bien humides. Je vais ralentir et profiter du coup de quelques points de vue à couper le souffle. C'est d'ailleurs surtout cela qui fera le charme de cette épreuve. L'île n'est pas très haute avec comme point culminant, le Mont Limon à 389 m, mais dès qu'on prend un peu de hauteur, on n'a qu'à tourner la tête à droite et à gauche pour découvrir la beauté saisissante des lieux. C'est ce que l'on appelle couramment la vue panoramique sur le lagon... Je continue donc mon périple en essayant donc de me faire plaisir, d'emmagasiner des images pour mes vieux jours. Un peu plus loin, je me fais attaquer par une abeille. Elle me pique vivement et s'enfuit contente d'elle. Je n'ai pas le temps de la voir vraiment. Et si c'était autre chose? Tout le monde m'a pourtant répété qu'il n'y avait aucun danger sur cette île. Cela rassure. Au prochain point pourtant, je me fais confirmer la chose. "Ne vous inquiétez-pas me dit un bénévole. Si vous n'êtes pas allergique aux piqûres d'abeilles, il n'y a aucun risque..." A Rodrigues, il n'y a pas d'animaux, ni de plantes dangereuses. Que du bonheur donc ! Même les grosses araignées qui pendent au-dessus des fils électriques un petit peu partout ne sont pas vénimeuses... Devant j'apprendrai plus tard que la bagarre fait rage entre les Réunionnais et les Mauriciens. Vishal a pris la tête quasiment d'emblée. Il ne sera pas battu. Seul Fabrice Armand parviendra à garder sa foulée mais pour finalement terminer main dans la main. Guillaume Bernardin est pas loin, mais il a préféré gérer son podium ne sachant vraiment jamais quel écart le séparait de la tête... JUlien,quant à lui, se refera une santé sur la fin pour revenir dans le Top 10 ! Le parcours est vraiment étonnant, on monte en haut de l'île, on redescend vers les plages, on tourne et tournicote. Le balisage est parfait, impossible de se perdre... Il y a des marques oranges toutes les trente mètres au moins. Ce sont des connaisseurs qui ont fait le boulot, cela se voit... Un trail de passionnés ! Le parcours est très varié avec très peu de bitume pour finir, seules quelques traversées de routes pour gagner l'autre versant et faire connaissance un peu de la population souvent massée là. L'arrivée approche, on la voit au loin. On est partis de l'extrême Est pour finir tout à l'Ouest. Tout près de l'aéroport. C'est aussi la région la plus aride de l'île, là où l'eau manque cruellement. Apès avoir descendu la rivière cocos pour remonter à Papaye, on dépasse le dernier ravitaillement et après déjà quatre heures de course, la température est montée d'un cran. Là il doit bien faire 30°C tout de même. Bientôt on débarque dans la grande réserve de François Leugat. C'est là que se trouve une des plus grandes attractions de l'île : l'élevage de tortues géantes. On court donc tout simplement à côté de monstres venues d'un autre monde. La sensation est garantie. C'est la fable du Lièvre et de la Tortue, version rodrgiguaise. Même si cette fois, Le Lièvre ne va pas focément très vite non plus... On voit à côté la tente d'arrivée. Le speaker égrène d'ailleurs les arrivanst un à un. On y est. Ouf ! Et bien neni, les organisateurs nous avaient d'ailleurs prévenus : il reste un petit tour à faire pour passer par l'entrée principale de la réserve et ainsi profiter des encouragements de tous. La portion est la plus dure au mental. Il manque encore 1,5 km au compteur. Un petit tour dans la savane aride sans ombre ni fraîcheur quelconque. C'est un chemin qui fait le tour de la propriété... Enfin au bout de la ligne droite, après avoir traversé le parking, c'est la délivrance. Le cari-poisson nous attend déjà, on hume l'odeur de loin ! Mais d'abord quelque chose à boire... Même si les ravitaillements étaient bien placés etlargement suffisants, ce trail a désseché les organismes et laissera des traces... La remise des prix hautes en couleurs et avec les autorités locales se tiendra sur place même quelques heures plus tard. Le temps d'aller faire la visite de la réserve avec chauve-souris et tortue à gogo... vivement les quelques jours de repos à venir autour de la piscine de l'hôtel Pointe Venus, aux portes de Port-Mathurin, capitale de l'île... Mais c'est une autre histoire. Et je ne vous en dis pas plus... car le Trail de Rodrigues vous tend déjà les bras... à vous de venir le découvrir. L'an prochain il aura lieu le 4 novembre. Il garde en lui quelques petits secrets que je ne vous ai pas révélé, alors laissez-vous tenter !
Grand raid de la Réunion : faut-il vraiment être fou ?
Mais que recherchons-nous en nous inscrivant à une épreuve comme le Grand Raid ? La souffrance, la douleur, l’introspection… ou tout simplement cette immense joie d’y être arrivé ? Allez savoir vous… Car ils ne sont pas si nombreux finalement à « avoir survécu » cette année encore. Moins de la moitié. Plus de 50% d’abandons. C’est énorme… C’est à tout cela que je pense en m’engouffrant dans une petite tente dressée à Foc Foc, du côté du Volcan sur l’Ile de la Réunion, au premier ravitaillement de l’épreuve. Vers le 20ème kilomètre. Il est 2h du mat. Il ne fait même pas 4°C à plus de 2000 mètres d’altitude. Et oui à la Réunion aussi il peut faire froid. Et en essayant de me réchauffer un peu, en réajustant mon petit k-way qui ne semble pas devoir me servir à grand-chose, je me rends compte que je ne suis pas le seul dans ce cas-là. Loin s’en faut. Je dois être classé dans les 300 ou 400 mais déjà les gars s’enfoncent dans les quelques couvertures mises à disposition. Les hypothermies sont nombreuses. Les abandons commencent déjà. Sébastien Chaigneau sera le premier à jeter l’éponge. Mais pour d’autres raisons… Je me réchauffe avec un thé bien chaud. Le médecin sur place annonce 35,5°C. Non, pas dehors, mais bien sur un coureur qui ne fait pas beau à voir. Et dire que cela ne fait que quatre heures que l’on est parti… Que va-t-il se passer un peu plus loin ? Et demain ? De toute façon, même si la forme est loin d’être au rendez-vous cette année pour moi, au moins là, je n’ai pas le choix. Il me faut continuer sur le prochain point. Au grand ravitaillement du Volcan… Je n’ai plus qu’une solution : me remettre à courir le plus vite possible pour faire remonter ma température corporelle. Cela a l’air de fonctionner. Je me réchauffe assez vite. J’arrête de trembler de partout. Mais je me fatigue du coup encore plus vite. Ah sacré Grand Raid, c’est mal parti. Mais qu’est-ce qui m’a forcé à m’inscrire cette année encore ? En fait c’est ce que tout traileur au départ doit forcément se dire à un moment ou à un autre de son périple réunionnais. Il ne peut en être autrement. Chaque année, le bilan est le même. Chaque année la difficulté semble augmenter. Et les organisateurs d’y prendre un certain plaisir. « Nous assumons totalement nos choix » explique à qui veut l’entendre Robert Chicot, le grand patron. « Nous savons pertinemment que la course est dure. Mais chacun doit en avoir conscience avant de partir et se préparer en conséquence… » Alors tous les ans, c’est le même débat. Pourquoi toujours plus long ? Pourquoi toujours plus haut ? Cette épreuve qui se bouclait, il n’y a pas si longtemps, en moins de 20h pour le vainqueur, ne peut s’envisager, ou rarement en moins d’une journée totale. Il faut un tour entier d’horloge et donc une nuit blanche pour s’en sortir. Mais du coup cela rallonge tous les autres temps de passage pour tous les concurrents. Il faut bien se rendre compte que quasi personne ne finit cette course en moins de 30h. Que plus de la moitié des inscrits n’y arrive pas… C’est tout simplement phénoménal. Presque trop…Surtout quand les conditions météos s’en mêlent. Je vous ai parlé ici du froid incroyable qui a régné dans les hauts de l’île, mais on ne peut pas ne pas parler de la boue qui aura joué son rôle de sape sur tous les organismes. Après Mare à Boue, dans la fameuse forêt de Bélouve, celle que plus personne ne pourra désormais envisager de la même manière, les jambes se sont enfoncées jusqu’à mi-mollet, parfois jusqu’au genou. Tout le monde aura glissé, sera tombé plus d’une fois. Et dire que l’organisation avait proposé un moment de zapper ce passage pour glisser vers une belle solution de rechange, du côté de la route forestière qui borde le sentier. Il n’en fut rien donc. Surtout ne pas rendre le tout plus facile. Comme un leimotiv à ne pas oublier. « Surtout que ça ne soit pas plus facile, ça se verrait ! »
Alors moi qui trottine encore du côté du Volcan, en pleine nuit, avec ma frontale pour seule compagne, je me suis trouvé quelques raisons. Si je suis là en ce moment, c’est avant tout pour vivre un moment d’exception, hors du temps. Le départ en fait partie. Il marque les esprits pour une vie entière. Agglutinés des heures entières sur une zone de départ d’où l’on ne peut plus sortir, comme emprisonnés de nos émotions, on sent la pression qui monte de minute en minute. Comme palpable. On essaye de fermer les yeux pour prendre encore quelques instants de sommeil à la volée. Mais cela n’est pas évident, la musique est trop forte. On dit bonjour à quelques connaissances. On n’ose pas trop discuter non plus histoire de ne pas disperser ses forces inutilement. Et à moins d’une heure du coup d’envoi, tout le monde se met debout. Comme un seul homme. Les cordes qui nous bloquaient jusque-là ont été retirées. On s’agglutine vers le sas de départ. L’entrée du stade. Mais il reste encore une bonne heure. Pourquoi si tôt ? Les minutes s’égrainent sur une horloge géante. Les regards se croisent, les sourires sont timides, mais bien réelles. On devient tous plus humains. Il n’y a pas plus de frontières, de culture, de religions, ni de différences sociales. Le groupe musical local qui nous a enthousiasmé jusque-là stoppe soudainement. Plus que deux minutes. Le titre phare de la chanteuse Adèle que l’on entend sur les ondes un peu partout actuellement nous transperce le corps. J’ai des frissons. La chair de poule. Je pense aux miens. A ma compagne qui est déjà repartie et que je ne reverrais que demain soir. A ma fille de cinq ans qui est restée en métropole. Tout cela vous submerge d’un coup. D’un seul. Et à moins d’une minute de la libération, vous vous prenez à essuyer une larme. Cet instant est magique, éternel… inoubliable ! Comme une bouffée d’émotion à l’état pur. On est si petit face à la souffrance à venir. Merci Grand Raid pour ce moment qui n’appartient qu’à moi et qui, je suis sûr, ressemble à tant d’autres autour de moi. On frappe dans la main de son voisin. « Allez bon courage ! » Et c’est parti. Tout de suite à fond pour les premiers. Nous on piétine, on essaye de ne pas tomber. Ca crie de tous les côtés… La Diagonale des Fous vient de démarrer. Il est 22h précises. Qu’est-ce que je fais là ? Je suis donc dingue… La suite est encore à écrire…Il y a plein de petits moments comme celui-ci qui jonchent les sentiers que nous allons prendre durant 30h, 40h, 50h… Une parole échangée avec un coureur, un lever ou un coucher de soleil, un rire de bénévole, un encouragement d’un spectateur inconnu, quelques mètres aux-côtés d’un enfant qui court aussi, l’embrassade d’une grand-mère, un souvenir qui remonte à la surface, une musique qui trotte dans la tête. Et puis surtout l’arrivée et son flot d’émotions incontrôlées. Pour ceux qui terminent bien sûr ! C’est pour tout cela que l’on s’inscrit en fait. Et pour bien plus encore. Alors qu’importe qu’il soit plus grand, plus long, plus dur et j’en passe, puisque de toute façon le succès ne se dément pas et que cela fait plus de 20 ans que ça dure. Les gens qui rouspètent sont les premiers à vouloir s’inscrire l’année d’après. Côté compétition cette année, on aura assisté, du moins pour la tête de course, à deux courses dans l’une. Il y a eu tout d’abord les gars qui se sont battus pour la gagne. Ce fut donc un trio de tête composé de Julien Chorier, Pascal Blanc et Freddy Thévenin… Et puis derrière eux, un quatuor de poursuivants avec là Antoine Guillon, Michel Lanne, David Mussard et Lionel Trivel. Très vite ce schéma sera mis en place et tiendra bon jusqu’à quasiment l’arrivée. A ceci près bien sûr que dans le Taïbit, Julien en profitera pour se défaire de ses camarades et ne sera plus jamais inquiété. A ceci près aussi qu’après avoir joué tout du long au chat et à la souris (une fois devant, une fois derrière), Freddy Thévenin, la star locale, finira par craquer dans la toute dernière portion, les dix derniers kilomètres, pour même se faire reprendre du coup par ceux de l’autre groupe qui n’ont jamais été bien loin. Ainsi Pascal Blanc signe avec sa deuxième place son meilleur Grand raid et Didier Mussard, toujours à l’affût, réussit finalement à monter sur le podium. Antoine Guillon venant mourir au pied celui-ci. Chez les féminines, les choses sont plus claires encore. Emilie Lecomte, après sa saison quasi-parfaite, prend d’emblée les choses en main. Elle se détache un peu après le Volcan, mais finalement dans la montée du Piton des Neiges, Karine Herry qui connaît fort bien l’endroit, réussit à recoller et même à prendre la tête… Elle ne cessera dès lors de creuser l’écart, se classant même 22ème au scratch. Emilie, elle, abandonnera un peu plus loin…Hélène Haegel et Christine Bénard complète le podium… Cette année donc, et pour la première fois, la barre des 50% d’abandons a été franchie. Est-ce un signe ? « Non, non » vous répondront les organisateurs. Après tout tant qu’il y en a quelques-uns qui y arrivent… C’est ça la Diagonale des Fous. N’est pas fou qui veut en fait !